D'un continent l'autre

Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 20:33

On l'a assez répété : le GIEC appelle les pays industrialisés à réduire de 25 à 40% leurs émissions de GES d'ici 2020. Et de 90% pour 2050. Les engagements actuels des dirigeants sont loin de ces objectifs idéaux. Et pourtant ces objectifs sont atteignables en Europe, et à un coût raisonnable, selon une étude du Stockholm Environment Institute commandée par Les Amis de la Terre Europe.

Atteignables, raisonnables... mais acceptables, c'est une autre histoire. Les auteurs de l'étude le reconnaissent : il faudra oser des engagements politiques sans précédent et une mobilisation des efforts « telle qu'on en voit normalement qu'en temps de guerre. »

 

 


 

L'étude de l'institut suédois l'assure : l'Union européenne est capable, financièrement et techniquement, en suivant des schémas raisonnables, d'émettre 90% de GES en moins en 2050 par rapport au niveau de 1990. A condition toutefois de consommer l'énergie de bien meilleure façon : en améliorant radicalement l'efficacité énergétique, en délaissant rapidement les énergies fossiles pour se tourner massivement vers les renouvelables, et en changeant de mode de vie.

Un exemple : dans les transports, qui sont responsables du tiers des émissions de GES dans l'Union. Selon l'étude, les 3/4 des voyages au sein de l'Europe se faisaient en voiture en 2005. Ce taux doit tomber à 43% en 2050. De même, à cette date, le train devra prendre la place de l'avion pour 80% des déplacements de moins de 1000 kms.

 

Pour faire évoluer ainsi les modes de vie, ce sont des politiques fortes qui devront être mises en place. Des investissements dans les secteurs de l'énergie, du bâtiments, des infrastructures de transport...

Mais outre ces 40% de réduction en interne, l'Europe devra aussi participer au développement propre des pays pauvres.

L'étude chiffre ces « obligations financières internationales » : entre 150 et 450 milliards de dollars en 2020. Cela équivaudrait, pour un français, à moins de 1 à 3 euros par personne et par jour.

Quant au coût des réductions des réductions d'émissions au sein de l'Union, il devrait être équivalent, autour des 2% du PIB européen.

Ces engagements financiers sont importants, reconnaît l'étude, mais « pas prohibitifs ». Et, l'évidence est ici répétée : ils seront bien moindres que le coût de l'inaction et la facture attendue des changements climatiques.

 

Les auteurs du rapport concèdent qu'à l'heure actuelle, au regard des politiques menées et des signaux envoyés par l'Europe, de tels engagements apparaissent « politiquement irréalistes ».

Ils ajoutent même : « Cela nécessitera un engagement politique important et courageux et une forte mobilisation des efforts, tels qu'on en voit normalement qu'en temps de guerre ». Cette dernière expression, très forte, avait aussi été utilisée en mars dernier par John Ashton, le représentant spécial du Royaume-Uni sur le changement climatique.

Alors, à moins d'une semaine de Copenhague, les scientifiques appellent une fois encore les dirigeants à oser. « La leçon de tout cela est que, si l'UE veut honorer son engagement de transmettre une planète saine aux générations futures, et maintenir le réchauffement sous les 2°C, cela ne se pourra qu'en adaptant le "politiquement réaliste" à la réalité de la crise climatique ».

Chiche, on y croit encore ?


Par Arnaud Bihel - Publié dans : D'un continent l'autre - Communauté : Ecologie et Environnement
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 14:29

Ce week-end, envolons-nous pour les Maldives.
Cet archipel de l'Océan indien, paradis touristique aux plages de sable blanc, est l'un des pays les plus menacés par le réchauffement climatique et la montée des eaux. Nombre de ses plages sont déjà victimes de l'érosion. Tandis que le réchauffement et l'acidification de l'océan menace les récifs coraliens et la pêche.

L'association locale Bluepeace a organisé une expo photo, Vulnerable, pour montrer la fragilité de cet environnement. Vulnerable "dépeint une nation sous la menace, qui se bat pour sauvegarder une culture et un mode de vie qui pourraient être anéanties par la montée des eaux et le changement climatique", s'alarme Bluepeace.
L'expo sera présentée à Copenhague dans le cadre du Klimaforum, le sommet des ONG et des peuples en marge de la COP15.
Vous pouvez aussi la voir en ligne, photos et textes, sur http://www.bluepeacemaldives.org/vulnerable/

Par Arnaud Bihel - Publié dans : D'un continent l'autre - Communauté : Ecologie et Environnement
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 22:03

C'est un rapport de l'Agence européenne de l'environnement qui l'assure : les 15 pays que comptait l'Union à la signature du protocole de Kyoto sont en passe de tenir, et même de dépasser, leurs objectifs. Les 15 s'étaient alors engagés à ce qu'en 2012 leurs émissions de GES soient de 8% inférieures à celles de 1990. En 2007, ils en étaient à 5% de réduction. Au rythme actuel, l'engagement sera tenu. Et avec des efforts, ainsi qu'en utilisant les mécanismes d'échanges et de marché du carbone, la réduction pourrait même atteindre 13% selon le rapport.

A 27, l'Europe fait encore mieux, puisque l'Union dans son ensemble a vu ses émissions baisser de 12,5%. En 2008, pour la quatrième année consécutive, les émissions de GES européennes ont décru.

 

Le rapport, toutefois, s'inquiète de deux éléments : les émissions dues aux transports continuent d'augmenter. Et celles des hydrofluorocarbones ont plus que doublé entre 1990 et 2007. Ces gaz à effet de serre sont utilisés pour la climatisation.

 

A noter que chacun des 15 pays européens s'est également engagé individuellement au titre du protocole de Kyoto. Dans ce cadre, seule l'Autriche est un mauvais élève et risque de ne pas respecter ses engagements. D'autres sont en retard, mais en bonne voie. Cinq pays (la France, l'Allemagne, la Grèce, la Suède et le Royaume Uni) ont déjà fait mieux que leurs objectifs. La France, qui est censée se contenter de stabiliser ses émissions, les a fait baisser de 9,4%.

 

"Rôle moteur"

 

Pour mémoire, les autres pays industrialisés sont complètement hors des clous de Kyoto. Les émissions du Japon, de la Nouvelle-Zélande ou du Canada, qui ont pourtant ratifié le protocole, sont en forte hausse. Les deux plus gros pollueurs de la planète, la Chine et les Etats-Unis, ne sont pas engagés dans le protocole. Ils représentent à eux deux 40% des émissions mondiales de GES, contre 12% pour l'Europe. La directrice de l'Agence européenne de l'environnement, Jaqueline McGlade, estime que les résultats du rapport « doivent encourager tous les Etats à accepter de plus larges réductions d'émissions pour sceller un accord global à Copenhague. »

 

Voilà donc un étendard de plus pour l'Union européenne, qui compte jouer à Copenhague un rôle de champion climatique.

Stavros Dimas, Commissaire européen chargé de l'environnement, se félicite : «Ces projections viennent confirmer le rôle moteur que joue l'Union européenne dans le respect des engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique. »

Il assure que l'Union pourra atteindre d'ici à 2020 une diminution d'au moins 20 % par rapport aux niveaux de 1990.

Le rapport est un poil plus mesuré : il estime que l'Europe « fait de bons progrès sur la voie de cet objectif ». Un objectif qui est celui que les 27 s'engagent à tenir et avancent dans les discussions de Copenhague. Cela ne serait toutefois pas suffisant pour contenir la hausse des températures à 2°C. L'Union propose de le porter à 30%, mais à condition qu'un accord ambitieux soit signé à l'échelle mondiale.

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : D'un continent l'autre - Communauté : Ecologie et Environnement
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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 14:10

Tiens, puisqu'un Conseil interministériel de l'outre-mer se tient au moment où j'écris, traversons les océans pour nous rendre en Nouvelle-Calédonie.

Je remercie au passage mon vieux complice sur place qui, alors que nous discutions du Caillou et de ses gaz, m'a transmis cet article des Nouvelles Calédoniennes.


Car la Kanaky est un cas à part dans le processus de Kyoto à Copenhague. Territoire français d'Outre-Mer, il sera peut-être indépendant dans quelques années. Puisqu'entre 2014 et 2018 ses habitants auront à voter pour décider de leur souveraineté.

Mais dans le cadre du protocole de Kyoto, la Nouvelle-Calédonie est déjà indépendante de la France. Les élus du territoire, explique l'article, avaient alors insisté pour qu'il reste en dehors du protocole, et ne soit donc pas soumis à des restrictions de rejets de GES. Car deux projets d'usines à charbon, très polluantes, y étaient alors en cours. En 2025, avec 3 centrales à charbon à plein régime, « chaque Calédonien émettra l’équivalent de 36,8 tonnes par an de CO2 », intégrant ainsi le top 5 mondial des émissions par habitant, « juste derrière les pays pétroliers. »

 

Désormais, changement de cap : le gouvernement calédonien entend s'engager dans la lutte contre les GES. Et mettre en oeuvre un « plan de réduction et de compensation du CO2 ». Un plan qui coûtera cher, évidemment. C'est pourquoi la Nouvelle-Calédonie compte sur la métropole. Et veut, dès lors, intégrer la délégation française à Copenhague.

A un mois de la Conférence climatique, cela paraît perdu d'avance. A Paris, dans les couloirs ministériels, pas question d'en entendre parler, rapportent les Nouvelles Calédoniennes : « Si la Nouvelle-Calédonie veut intégrer le protocole, c’est à titre individuel et pas au sein de la République française. » Argument supplémentaire : les politiques énergétique et minière sont des compétences déjà transférées au territoire dans le cadre l'Accord de Nouméa signé en 1998. (Quand même pas folle la métropole : dans le domaine de l'énergie l'Etat conserve ses compétences sur le contrôle des stocks stratégiques, et pour la mine sur les substances utiles à l’énergie atomique.)

 

Si je comprends bien la situation, on aboutira à cela : la Nouvelle-Calédonie restera à part dans le futur accord global sur le climat. Mais si elle veux se fixer des objectifs ambitieux de réduction des GES, ils ne pourront être atteints qu'avec des aides technologiques et financières de la métropole. Et les négociations pour ces aides auront comme toile de fond la consultation sur l'indépendance, qui se tiendra dans moins de 10 ans.

Un joli condensé, à l'échelle française, de la complexité des relations Nord/Sud dans les négociations de Copenhague.

Par Arnaud Bihel - Publié dans : D'un continent l'autre - Communauté : Media - Actualité générale
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 15:24

Plus on agira vite pour le climat, moins cela coûtera cher.

RECIPE, une étude scientifique européenne publiée ce mardi 3 novembre touche les dirigeants au portefeuille. L'étude dirigée par l'Institut de Potsdam, soutenue par Allianz et WWF, est la première à se pencher sur les conséquences économiques d'une politique d'action climatique à l'échelle européenne.

Conclusion : l'Europe a tout intérêt, économiquement, à adopter « dès maintenant, pour la prochaine décennie » une nouvelle politique énergétique. L'étude se veut aussi menaçante : après 2020, il sera trop tard pour agir. Pour l'économiste en chef de l'Institut, Ottmar Edenhofer, également responsable du GIEC, « s'engager le plus tôt possible, même unilatéralement, permettra de réduire significativement le coût de cette politique ».

Ainsi, selon l'étude, le coût de cette restructuration massive de l'économie ne ferait perdre, pour les 40 prochaines années, que le prix d'un an de croissance. Si on commence à agir en 2020, et pas maintenant, la facture pourrait s'alourdir de moitié. Et cela sans prendre en compte les coût massifs que risquent d'engendrer les changements climatiques.

 

Quelles politiques mettre en oeuvre ?

 

Si le consensus parmi les grands de ce monde, et l'un des objectifs de Copenhague, est de stabiliser la hausse des températures à +2°C à la fin du siècle, « il est temps que les actions accompagnent ces mots », exhorte Ottmar Edenhofer.

En premier lieu, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le rapport juge essentiel de parvenir avant 2050 à une production électrique « complètement décarbonisée ». Cela implique de développer partout dans le monde les énergies renouvelables et les technologies de stockage de CO2. L'énergie nucléaire, précise l'étude, ne pourra prendre qu'une faible part dans ce contexte, en raison des risques qu'elle induit. Les secteurs des transports, de l'industrie lourde et de l'agriculture doivent aussi évoluer pour minimiser leur impact sur le climat.

es gouvernements et le secteur privé doivent partager cet effort, et des politiques crédibles à long terme seront nécessaires pour décrisper les investissements privés.

 

Nécessité d'un marché global du carbone

 

La mise en oeuvre de cette politique doit intégrer des objectifs chiffrés, de la part des Etats comme du secteur industriel. Les auteurs de l'étude posent aussi une condition sine qua non pour une politique climatique mondiale efficace : mettre en place un marché global du carbone au niveau mondial, qui pourra dans un premier temps tenir compte des disparités entre régions du monde, avant d'aboutir à un prix unique des émissions de CO2. Dans la lignée du protocole de Kyoto, le marché du carbone compte pour le moment une multitude de mécanismes.

 

L'étude en appelle alors à l'Union Européenne : même si un accord mondial tarde à venir, l'Europe a tout intérêt à assumer son rôle de leader et à mettre en oeuvre dès maintenant une nouvelle politique énergétique. « Il faut donner à la recherche, au développement et à la politique industrielle des priorité claires, et des ressources assignées à la protection du climat », estime ainsi Régine Günther, de WWF Allemagne, qui préconise des engagement à moyen terme, pour 2020 et à plus long terme pour 2050.


La conférence de Copenhague permettra-t-elle de concrétiser de tels engagements ?

 

Pour Ottmar Edenhofer, 3 points doivent ressortir de Copenhague :

« D'abord, les politiciens doivent s'accorder sur le niveau maximum de CO2 acceptable à la fin du siècle. Ensuite, ils doivent définir un partage équitable des coûts entre les différents pays. Enfin, il faut un système global de marché des émissions de carbone, qui permettre d'atteindre ces objectifs. »

L'économiste fait tout de même part de ses doutes : « Au vu de l'état des négociations, il est à craindre que les négociateurs s'enlisent sur des points de détail, au lieu de s'attaquer à ces points clés. »

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : D'un continent l'autre - Communauté : Media - Actualité générale
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