Négociations

Samedi 19 décembre 2009 6 19 /12 /2009 16:43

yvo.jpgLe sommet de Copenhague a accouché d'une souris, et ce n'est pas une souris verte.

La COP-15, qui devait être un tournant décisif pour freiner le réchauffement climatique, en fixant un cadre juridiquement contraignant pour prolonger le protocole de Kyoto après 2012, n'a atteint aucun de ses objectifs.

« On aurait pu mieux faire », a laconiquement commenté Yvo de Boer, le responsable des négociations climatiques pour l'ONU (photo). En vérité, il aurait été difficile de faire pire.

 



Pseudo-accord. A l'issue de ces deux semaines de négociations houleuses dans la capitale danoise, un texte de consensus entre gros émetteurs, notamment Chine et Etats-Unis, est certes sorti au forceps, dans la nuit de vendredi à samedi. Mais il contient surtout du vent. Et on ne peut pas vraiment parler d'accord, puisque si la présidence de la conférence a « pris acte » du document, de nombreux pays, parmi ceux en développement, ne comptent pas l'entériner.


Impuissance. Les parties s'engagent à contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, mais aucun engagement chiffré ne vient appuyer cette promesse. Et, Barack Obama l'a reconnu, le texte ne sera pas juridiquement contraignant. Chaque pays développé est censé, dans les mois qui viennent, fixer ses propres objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pour 2020. Et les pays en développement expliciter leurs actions d'atténuation.

Autre aveu d'impuissance : la déclaration ne prévoit aucun engagement pour 2050, ce qui était pourtant l'un des objectifs de la conférence.

Quant aux financements, si le texte annonce une aide de 100 milliards d'euros aux pays en développement à l'horizon 2020, la nature de ces financements est imprécise : ils proviendront « d'une grande variété de sources, publiques comme privées.

« Fiasco », « honte », « forfaiture », « échec abject »... chez les écologistes et ONG environnementales, les mots sont violents pour dénoncer cette issue lamentable.

 

Qui est responsable de cet échec ? Les pays occidentaux rejettent la responsabilité sur la Chine, qui a refusé de sacrifier sa croissance pour des objectifs contraignants.

Mais pour les ONG et les pays pauvres, la faute incombe aux pays développés dans leur ensemble , qui ont fait preuve d'arrogance tout au long des négociations. La plupart des propositions, dont la dernière, ont été rédigées en coulisses, entre puissants, sans tenir compte des négociations multilatérales. L'Union européenne, qui devait jouer un rôle moteur, est surtout apparue incapable de faire preuve d'unité.

 

« Racisme » La journaliste et auteure Naomi Klein voit dans « les calculs froids » des pays riches au Bella Center ni plus ni moins que du « racisme » : « Réagirait-on ainsi si c'est l'Australie qui risquait de sombrer sous les eaux », et non les petites îles du Pacifique ? (voir la vidéo ci-dessous) Pour le délégué soudanais, président du groupe des pays pauvres, cette issue est comparable à l'holocauste. Il est vrai que selon les experts, un réchauffement global de 2°C impliquerait, sur le continent africain, une hausse des températures de 3,5°C.

Un rapport révélé cette semaine indique aussi que même en s'en tenant aux engagements les plus ambitieux annoncés à Copenhague, la température mondiale monterait tout de même de 3°C. Ce qui, selon les scientifiques du GIEC, impliquera des catastrophes climatiques à grande échelle dans les prochaines décennies, tout particulièrement dans les pays du Sud. Décidément les grands perdants de ce sommet nordique.

 

 

 

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : Négociations - Communauté : Ecologie et Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /2009 22:15

La COP-15 n'est pas terminée que les regards se tournent déjà vers Mexico. La capitale mexicaine accueillera la prochaine conférence des parties de l'ONU sur le climat, la COP-16, dans un an. Au vu du nombre de questions critiques restant à résoudre à Copenhague, traiter "l'urgence climatique" nécessitera un délai... à la va-vite en quelques jours, ou en un an d'ici Mexico ? Au Klimaforum, les représentants de la société civile ont déjà ce nouveau calendrier en tête.

 


Au Bella Center, tandis que les chefs d'Etat commencent les ultimes tractations dans la capitale danoise, difficile de prédire quelle sera l'issue des négociations. Bloquées ces derniers jours, elles ont paru repartir de l'avant ces dernière heures. Alors que les pays du Sud accusaient les plus riches de vouloir tuer le protocole de Kyoto (qui contraint ces derniers à des engagements précis), ses principes devraient rester sur la table. Le quotidien britannique The Guard

y voit « une victoire pour le monde en développement ».

Mais cette victoire sera-t-elle durable ? C'est une autre question. Car si la voie de Kyoto est conservée en principe, les négociateurs n'ont toujours pas avancé sur le fond. Tous les chiffres, ou presque, restent à déterminer. De plus en plus s'avance l'idée que la conférence de Copenhague pourrait déborder de son calendrier. Quelques heures, quelques jours supplémentaires, pour tenter de résoudre toutes les questions qui fâchent.

 

Un tel délai serait-t-il efficace ? Plusieurs observateurs et acteurs des négociations, et notamment chez les pays africains, assurent désormais à voix haute qu'il vaut mieux ne pas signer d'accord plutôt qu'un mauvais accord. La conférence de Copenhague aura été un gâchis : c'est ce que ressentent nombre de représentants des ONG, qui ne croient plus que la COP-15 aboutira à un traité juste entre riches et pauvres, et efficace pour contenir le réchauffement.

 

"Des heures de discussion pour rien"

 

Karin Orenstein, déléguée américaine des Amis de la Terre, fait le constat que « le président de la conférence cherche avant tout un compromis entre l'Europe et les Etats-Unis. Les pays pauvres ne sont pas pris en compte. » Le bolivien Cristian Dominguez, observateur au Bella Center, raconte avoir assisté à « des heures de discussion pour rien ».

Le Guardian, encore, cite un vétéran des négociations climatiques, pour qui la déclaration qui doit être adoptée par les chefs d'Etat, ce vendredi, se résumera à « une page et demie avec de jolis mots », tandis que les décisions importantes seront remises au prochain sommet.

 

C'est à dire à Mexico, en décembre 2010 ? Au Klimaforum, les représentants de la société civile s'y préparent déjà. Les ONG commencent à réfléchir à la suite à donner aux campagnes et aux actions, souvent hétérogènes, qui ont précédé et accompagné la conférence de Copenhague. D'autant que le continent sud-américain, par le biais de ses mouvements paysans et indigènes, est particulièrement actif pour mettre en avant la prise en compte de la responsabilité des pays riches et de la « justice sociale » dans la problématique du réchauffement climatique.

Pour Cristian Dominguez, c'est sûr, la conférence de Copenhague se soldera par un échec. Il considère alors que « l'enjeu maintenant, c'est de préparer la conférence de Mexico. Et la société civile doit réfléchir dès à présent à la façon dont elle devra agir. »

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : Négociations - Communauté : Ecologie et Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 14:59

Les enjeux géopolitiques ont déjà pris toute leur place dans les négociations. Premières heures de la COP-15 au Bella Center, premiers moments de tensions entre pays riches et pays en développement.

Deux grands blocs bien visibles, au regard même du protocole de Kyoto :

D'un côté les pays développés, industrialisés ; de l'autre le « G77 + Chine », un groupe comprenant 132 pays en développement. Juridiquement, le protocole de Kyoto fixe des objectifs chiffrés et contraignants aux premiers, mais pas aux seconds.

 

Or, un projet d'accord révélé par le Guardian, présenté comme « le texte danois », prévoit de fixer également des objectifs contraignants aux pays en développement. Tout en faisant une distinction entre pays en développement et « moins développés ». Le document a soulevé l'indignation du G77, qui n'en avait pas connaissance.

Le pays hôte assure qu'il ne s'agit que d'un brouillon, un projet informel. Mais pour les observateurs, l'idée est là : c'est ainsi que les pays riches envisagent un bon accord.

 

Le texte de 13 pages, est avant tout incomplet. Quasiment tous les chiffres restent à fixer, et il ne fait rien avancer sur les financements. Et, en appliquant des règles semblables pour tous, il décline la « responsabilité climatique » des pays industrialisés. Un projet d'accord peut-être, mais pas de succès (cf Naomi Klein).

Et c'est sur le fond, et finalement encore sur cette question de la « dette climatique », que portent les critiques du G77. Car le "texte danois" s'écarte des principes du protocole de Kyoto et de la Convention cadre des Nations Unies. La convention -en vigueur jusqu'en 2012- part du principe des responsabilités différenciées en pays riches et pauvres. Pour Ibrahim Mirghani Ibrahim, le responsable de la délégation soudanaise, qui préside le G77, un texte comme la proposition danoise « révoquera le principe de responsabilités communes mais différenciées et de responsabilité historique » des pays riches dans le réchauffement climatique.

 

On sent là la ligne de faille. Pour l'instant, pas de rupture, le G77 n'a pas menacé de quitter les négociations. D'autres coups d'éclats sont à attendre, de tous côtés. Les ONG semblent remontées, pourtant Antonio Hill, conseiller d'Oxfam sur le climat, joue la tempérance : « La proposition danoise ne doit pas nous éloigner de la tâche à accomplir. Les six prochains jours doivent porter sur les textes issus du processus de négociation. L’ensemble des pays doivent concentrer leurs efforts sur le processus officiel qui reste le meilleur moyen d’obtenir un accord juste, ambitieux et légalement contraignant. »

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : Négociations - Communauté : Ecologie et Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 19:56

La COP-15 sera le théâtre de 8 jours de négociations pour s'entendre sur un accord comprenant des mesures immédiates et à long terme, sur lesquelles les dirigeants devront s'engager le 18 décembre.

« Copenhague ne sera un succès que si la conférence débouche sur des actions immédiates et significatives qui débutent le jour même de sa clôture », a estimé en ouverture Yvo de Boer, le secrétaire général de l'UNFCCC – en français CCNUCC, Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique.

 


 

Ces deux semaines se dérouleront en 3 étapes. Le groupe de travail des délégués de l'UNFCCC va avoir jusqu'à samedi, 12 décembre, pour conclure les négociations, avant un sommet ministériel qui débutera le 16 décembre. Les ministres auront alors deux jours pour prendre en main les sujet encore sans solution, avant l'arrivée de plus de 110 leaders au soir du 17 décembre. Le lendemain sera le dernier jour pour qu'ils s'entendent unanimement et s'engagent sur la signature d'un traité.

 

Plus de 15 000 participants se retrouvent à Copenhague. Incluant les délégués des gouvernements de 193 parties membres de l'UNFCCC, des représentants des secteurs de l'économie et de l'industrie, des organisations environnementales et des instituts de recherche.

 

Copenhague accueille également, durant ces deux semaines, le Klimaforum, sommet de la société civile qui propose débats et ateliers.

Le 12 décembre, une marche des peuples pour appeler les dirigeants prendre des engagements ambitieux parcourra la capitale danoise. Au moins 30 000 manifestants sont attendus.

 

A noter que la COP-15 entend présenter un bilan carbone neutre. Les émissions de GES dues à la conférence (conséquence notamment des voyages en avion de milliers de délégués) seront compensées par un projet dans la capitale du Bangladesh, Dacca. Des fours à brique très polluants seront remplacés, ce qui réduira la consommation de charbon de 50% et les émissions de CO2 de 100 000 tonnes chaque année.

 

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : Négociations - Communauté : Media - Actualité générale
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 11:14

Approchez, approchez. Le grand théâtre de Copenhague a ouvert ses portes.

Ces deux prochaines semaines, la capitale danoise sera l'objet de toutes les attentions. Deux semaines de tractations, entre représentants de 192 Etats du monde, pour sceller un accord visant à contenir le réchauffement climatique planétaire. Tout au long de cette 15ème conférence de l'ONU sur le climat (COP-15), préparons-nous à un tourbillon d'annonces et de chiffres. Mais que peut-on vraiment espérer de ce sommet ? Etat des lieux.

 

 


 

Le spectacle sera politique. Il l'est déjà depuis des semaines. La vedette : Barack Obama, qui s'est longtemps fait désirer avant d'annoncer, il y a deux jours seulement, sa présence à Copenhague le 18 décembre, pour la clôture de la COP-15. Ce jour là, c'est quasiment certain maintenant, les grands de ce monde parviendront à s'engager sur les grandes lignes d'un traité, avec des objectifs de réductions d'émissions de gaz à effet de serre (GES), et des engagements financiers. Mais le texte contiendra encore nombre de détails à régler, de compromis à négocier. Un traité juridiquement contraignant ne pourra sans doute être conclu que dans 6 mois ou un an.

 

Car il y a les acteurs du grand théâtre, l'intense activité diplomatique, mais il y a surtout les chiffres. C'est sur eux que sera jugée l'efficacité d'un accord. Et pourtant, quoi qu'en disent les négateurs, les scientifiques le reconnaissent constamment : il y beaucoup de relativité et d'incertitudes dans ces chiffres ; tout est affaire de probabilités. La climatologie n'est pas une science exacte, et rien n'assure que tels engagements auront telle incidence sur les températures. Tentons une dernière fois d'y voir plus clair :

 

- L'objectif qui fait consensus est de contenir le réchauffement global sous la barre des 2°C supplémentaires. Au dessus, les conséquences pour les écosystèmes commenceraient à s'avérer dramatiques.

- Afin de freiner ce réchauffement, il faut parvenir à réduire durablement les émissions de GES, pour éviter de saturer leur concentration dans l'atmosphère.

- Prenant en compte le développement des pays émergents, les émissions de GES vont continuer à croître dans les prochaines années, mais devront atteindre un pic au plus tard en 2020, avant de décroître.

 

- Une toute récente étude britannique estime que, pour avoir 50% de chance de maintenir la hausse des températures sous les 2°C, les émissions mondiales de GES ne devront pas dépasser 44 gigatonnes (Gt) en 2020. Et elles devront descendre à 16 Gt en 2050. (Il s'agir là de moyennes, les chiffres sont évidemment bien plus complexes).

 

- L'économiste Nicolas Stern estime qu'en prenant en compte les meilleurs engagements annoncés à ce jour -comme une réduction de 30% de l'Union européenne, objectif pour le moment sous condition- les émissions mondiales atteindraient 46Gt , efen 2020. Soit encore 2 milliards de tonnes en trop. Il en conclut que parvenir à un accord efficace à Copenhague, c'est à dire combler cette différence, est « faisable ». A condition de faire des efforts supplémentaires. Stern affiche un bel optimisme, mais la liste des efforts à fournir incite à la plus grande prudence. Pour réussir un accord efficace, il faut ainsi, reconnait-il :

 

- Que les pays développés revoient leurs intentions à la hausse ;

- Qu'ils fournissent des aides financières et techniques substantielles aux pays en développement, sans que cela soit compté comme des compensations ;

- Que les transports maritime et aérien soient inclus dans les chiffres ;

- Que les engagements contre la déforestation soient renforcés.

 

 

Il faut effectivement être très optimiste pour espérer que ces obstacles seront franchis à Copenhague - et même dans les prochains mois.
Et c'est oublier que ces objectifs s'inscrivent dans la moyenne des possibilités, et sont loin des avancées réclamées par les ONG et les pays les plus touchés par le réchauffement climatique.

Les experts britanniques le reconnaissent eux-mêmes : pour une meilleure chance de maintenir la hausse de températures sous les deux degrés, ce n'est pas à 44 Gt mais sous les 40 qu'il faudrait contenir les émissions annuelles de GES. Mais « une telle voie semble politiquement infaisable ».

Quant aux questions financières, tout reste à régler.

Ce qu'il ne faut pas oublier, enfin, c'est que 2020 n'est qu'une étape. Pour être réellement efficace, des engagements doivent être pris sur le long terme. C'est l'horizon 2050 qu'il faut tout autant avoir en ligne de mire.

 

Il ne faudra donc pas s'attendre à des miracles à Copenhague. Des avancées sans doute, des paroles d'espoir, des chefs d'Etat volontaires et optimistes.

Mais il ne faut pas se leurrer. Tout accord, même le meilleur, n'empêchera pas la hausse des températures. Et la mobilisation face aux gaz à effet de serre, comme la prise en compte des questions écologiques à l'échelle politique mondiale, ne fait que commencer.

En marge de la conférence officielle, le Klimaforum - forum de la société civile - ouvre également ses portes pour deux semaines à Copenhague. Les échanges entre citoyens du monde, engagés sur le terrain, seront tout aussi significatifs des nécessaires passages aux actes. Le premier ministre danois a d'ailleurs évoqué, à l'ouverture de la conférence, les voix des citoyens : « nous devons les écouter, car nous sommes leurs représentants ».

 

 

 

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : Négociations - Communauté : Ecologie et Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés