Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 19:27

Attention : pavé dans la mare. Ce n'est pas un négateur du réchauffement climatique qui s'exprime là, bien au contraire. Le scientifique américain James Hansen se bat depuis 20 ans pour alerter les politiques sur le réchauffement climatique.

Et dans une interview accordée au Guardian ce jeudi, il y va fort. Pour lui, vu l'état des négociations, il vaudrait mieux que le sommet de Copenhague se conclue sur un échec, pour produire un électrochoc et repartir sur de nouvelles bases. Car James Hansen estime que l'approche des négociateurs est « fondamentalement mauvaise ».
Ce qu'il met en cause, en particulier, ce sont les mécanismes du marché carbone. (Il rejoint à ce sujet la position d'ONG comme les Amis de la Terre).

 

Des mécanismes contre lesquels il se pose en nouveau protestant : ces mécanismes « sont semblables aux indulgences que vendait l'Eglise catholique au Moyen-Age. Les évêques collectaient beaucoup d'argent, et les pêcheurs recevaient la rédemption. L'arrangement plaisait aux deux parties, malgré son absurdité. C'est exactement ce qui arrive maintenant. On a les pays développés qui veulent plus ou moins continuer sur le même modèle (« business as usual »), et les pays développés qui veulent de l'argent, et on en arrive à un système de compensation [par le biais du marché carbone]. »

 

Pour James Hansen, inclure ces compensations dans le cadre d'un traité à Copenhague -des mécanismes activés par le protocole de Kyoto - dénaturerait l'objectif de réduction des émissions de GES. Et « ferait perdre des années à discuter » de leurs modalités précises.

Des paroles fortes, au moment où après l'UE, la Chine et les Etats-Unis, le dernier des grands émetteurs de GES, l'Inde, vient de se fixer des objectifs de réduction. Elle réduirait son intensité carbone (1) de 25% d'ici 2020, mais rejette toute contrainte.

Et dans l'ensemble les chiffres mis sur la table, tout en prenant en compte ces « indulgences » du marché carbone, sont loin des objectifs idéaux : le négociateur en chef de l'ONU, Yvo de Boer, les juge d'ailleurs toujours insuffisants « si on veut éviter les pires impacts du changement climatique ».

 

 

(1) il s'agit  de la quantité de CO2 émise par point de PIB. Cet objectif (comme pour la Chine, qui elle se fixe 40 à 45%), autorise donc  une hausse des émissions parallèle à la croissance économique, mais à rythme moindre qu'actuellement.

 

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : Négociations - Communauté : Ecologie et Environnement
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