Tiens, puisqu'un Conseil interministériel de l'outre-mer se tient au moment où j'écris, traversons les océans pour nous rendre en Nouvelle-Calédonie.
Je remercie au passage mon vieux complice sur place qui, alors que nous discutions du Caillou et de ses gaz, m'a transmis cet article des Nouvelles Calédoniennes.
Car la Kanaky est un cas à part dans le processus de Kyoto à Copenhague. Territoire français d'Outre-Mer, il sera peut-être indépendant dans quelques années. Puisqu'entre 2014 et 2018 ses
habitants auront à voter pour décider de leur souveraineté.
Mais dans le cadre du protocole de Kyoto, la Nouvelle-Calédonie est déjà indépendante de la France. Les élus du territoire, explique l'article, avaient alors insisté pour qu'il reste en dehors du protocole, et ne soit donc pas soumis à des restrictions de rejets de GES. Car deux projets d'usines à charbon, très polluantes, y étaient alors en cours. En 2025, avec 3 centrales à charbon à plein régime, « chaque Calédonien émettra l’équivalent de 36,8 tonnes par an de CO2 », intégrant ainsi le top 5 mondial des émissions par habitant, « juste derrière les pays pétroliers. »
Désormais, changement de cap : le gouvernement calédonien entend s'engager dans la lutte contre les GES. Et mettre en oeuvre un « plan de réduction et de compensation du CO2 ». Un plan qui coûtera cher, évidemment. C'est pourquoi la Nouvelle-Calédonie compte sur la métropole. Et veut, dès lors, intégrer la délégation française à Copenhague.
A un mois de la Conférence climatique, cela paraît perdu d'avance. A Paris, dans les couloirs ministériels, pas question d'en entendre parler, rapportent les Nouvelles Calédoniennes : « Si la Nouvelle-Calédonie veut intégrer le protocole, c’est à titre individuel et pas au sein de la République française. » Argument supplémentaire : les politiques énergétique et minière sont des compétences déjà transférées au territoire dans le cadre l'Accord de Nouméa signé en 1998. (Quand même pas folle la métropole : dans le domaine de l'énergie l'Etat conserve ses compétences sur le contrôle des stocks stratégiques, et pour la mine sur les substances utiles à l’énergie atomique.)
Si je comprends bien la situation, on aboutira à cela : la Nouvelle-Calédonie restera à part dans le futur accord global sur le climat. Mais si elle veux se fixer des objectifs ambitieux de réduction des GES, ils ne pourront être atteints qu'avec des aides technologiques et financières de la métropole. Et les négociations pour ces aides auront comme toile de fond la consultation sur l'indépendance, qui se tiendra dans moins de 10 ans.
Un joli condensé, à l'échelle française, de la complexité des relations Nord/Sud dans les négociations de Copenhague.