Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 17:15

Si l'impact de l'activité humaine sur le réchauffement climatique est un fait largement acquis dans une immense majorité du milieu scientifique, de la société en général et de ce blog en particulier, les sceptiques, quoi qu'ils en disent, parviennent à se faire entendre. Parfois avec, eux aussi, de solides appuis. De l'ineffable Claude Allègre à l'entourage de George W. Bush, les prévisions du GIEC sont régulièrement mises en cause.

Aux Etats-Unis, d'ailleurs, le scepticisme a toute sa place, si l'on en croit une enquête publiée le 22 octobre par le Pew Research Center. Entre janvier 2007 et octobre 2009, le pourcentage d'Américains croyant à de solides preuves du réchauffement du climat est passé de 77 à 57. Seuls 36% l'attribuent à l'activité humaine.

 

Cette montée en puissance des doutes a même poussé le climatologue Jean Jouzel, membre du GIEC, à défendre à nouveau le bien-fondé du discours pessimiste du groupe international d'experts sur le climat. Devant une commission de l'Assemblée dans le cadre du Grenelle 2, Jean Jouzel reconnaissait le mois dernier que « bien sûr, les sceptiques ont leur place dans le débat. La question est : Est-ce qu'on vit dans un climat que les activités humaines ont modifié ?». Pour le GIEC, la réponse est oui, avec deux certitudes, rappelle le scientifique : « Un, nous modifions la composition de l'atmosphère en gaz à effet de serre, et nous le faisons rapidement et de façon importante. Deux, le réchauffement de l'atmosphère et des océans, dû aux activités humaines est sans équivoque. »

 

Pour les sceptiques, les mises en cause prennent aussi deux angles :

-Le premier : le réchauffement de la planète serait essentiellement naturel, dû aux cycles d'activité solaires et à la physique des nuages. Un discours tenu en France par Vincent Courtillot, proche de Claude Allègre. Et auquel Jean Jouzel répond : « l'activité solaire a une influence dix fois moindre que l'activité humaine ».

-Autre angle d'attaque : la mise en cause du réchauffement en lui-même. L'un des principaux argument : une étude du sérieux et britannique Hadley Center, selon laquelle la hausse des températures mondiale a été quasiment nulle entre 1988 et 1998. Mais les données sont quelque peu biaisées, comme le remarquait Le Monde le 21 octobre ; et, deux semaines plus tôt et de façon plus détaillée, RealClimate (en anglais).

 

Tout récemment, rue89 donnait la parole à Serge Galam. Un autre scientifique à contre-courant, sociologue qui assure qu'on « ne peut pas prévoir comment va évoluer le climat ». Il s'attaque ainsi au GIEC, affirmant que la climatologie n'est pas une science, puisqu'elle ne fait pas de prédiction exacte.

La critique a du sens. Le problème c'est que, à bien y regarder, l'attaque ne porte pas. En effet, jamais le GIEC ne revendique de prédiction exacte. Les scientifiques présentent des modèles, des scénarios, des probabilités d'évolution des températures et de leurs conséquences ; évoquent des situations « vraisemblables », d'autres « très vraisemblables » (à plus de 90% de probabilité).

 

Serge Galam ajoutait, dans son livre Les scientifiques ont perdu le Nord – Réflexions sur le réchauffement climatique, publié l'an dernier : « Derrière ce consensus, il y a le mythe d'une nature idéale, où la terre débarrassée de l'homme aurait un climat qui ne bougerait pas. C'est faux. »

Là encore, c'est l'accusation qui est fausse. Le GIEC n'a jamais nié que le réchauffement est en partie dû à des causes naturelles. Mais estime que les activités humaines « intensifient ce phénomène ».

 

Il y a à parier qu'avec le semi-échec, au mieux, qui se profile à Copenhague, les sceptiques se sentiront renforcés. C'est la crainte de « l'échec destructif » évoqué par Pierre Radanne.
Il faut aussi bien sûr, au delà des éclats scientifiques, prendre en compte l'influence des lobbys. Le DeSmogBlog (en anglais) qui dénonce régulièrement la « machine politique et économique du négationnisme climatique » aux Etats-Unis, accuse même un sénateur américain de monter une « équipe de désinformation » à Copenhague, pour manipuler les journalistes sur place et créer de la confusion. Bon, j'essaierai de voir ça.

 

 

Par Arnaud Bihel - Publié dans : En vrac - Communauté : Ecologie et Environnement
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