Plus on agira vite pour le climat, moins
cela coûtera cher.
RECIPE, une étude scientifique européenne publiée ce mardi 3 novembre touche les dirigeants au portefeuille. L'étude dirigée par l'Institut de Potsdam, soutenue par Allianz et WWF, est la première à se pencher sur les conséquences économiques d'une politique d'action climatique à l'échelle européenne.
Conclusion : l'Europe a tout intérêt, économiquement, à adopter « dès maintenant, pour la prochaine décennie » une nouvelle politique énergétique. L'étude se veut aussi menaçante : après 2020, il sera trop tard pour agir. Pour l'économiste en chef de l'Institut, Ottmar Edenhofer, également responsable du GIEC, « s'engager le plus tôt possible, même unilatéralement, permettra de réduire significativement le coût de cette politique ».
Ainsi, selon l'étude, le coût de cette restructuration massive de l'économie ne ferait perdre, pour les 40 prochaines années, que le prix d'un an de croissance. Si on commence à agir en 2020, et pas maintenant, la facture pourrait s'alourdir de moitié. Et cela sans prendre en compte les coût massifs que risquent d'engendrer les changements climatiques.
Quelles politiques mettre en oeuvre ?
Si le consensus parmi les grands de ce monde, et l'un des objectifs de Copenhague, est de stabiliser la hausse des températures à +2°C à la fin du siècle, « il est temps que les actions accompagnent ces mots », exhorte Ottmar Edenhofer.
En premier lieu, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, le rapport juge essentiel de parvenir avant 2050 à une production électrique « complètement décarbonisée ». Cela implique de développer partout dans le monde les énergies renouvelables et les technologies de stockage de CO2. L'énergie nucléaire, précise l'étude, ne pourra prendre qu'une faible part dans ce contexte, en raison des risques qu'elle induit. Les secteurs des transports, de l'industrie lourde et de l'agriculture doivent aussi évoluer pour minimiser leur impact sur le climat.
es gouvernements et le secteur privé doivent partager cet effort, et des politiques crédibles à long terme seront nécessaires pour décrisper les investissements privés.
Nécessité d'un marché global du carbone
La mise en oeuvre de cette politique doit intégrer des objectifs chiffrés, de la part des Etats comme du secteur industriel. Les auteurs de l'étude posent aussi une condition sine qua non pour une politique climatique mondiale efficace : mettre en place un marché global du carbone au niveau mondial, qui pourra dans un premier temps tenir compte des disparités entre régions du monde, avant d'aboutir à un prix unique des émissions de CO2. Dans la lignée du protocole de Kyoto, le marché du carbone compte pour le moment une multitude de mécanismes.
L'étude en appelle alors à l'Union Européenne : même si un accord mondial tarde à venir, l'Europe a tout intérêt à assumer son rôle de leader et à mettre en oeuvre dès maintenant une nouvelle politique énergétique. « Il faut donner à la recherche, au développement et à la politique industrielle des priorité claires, et des ressources assignées à la protection du climat », estime ainsi Régine Günther, de WWF Allemagne, qui préconise des engagement à moyen terme, pour 2020 et à plus long terme pour 2050.
La conférence de Copenhague permettra-t-elle de concrétiser de tels engagements ?
Pour Ottmar Edenhofer, 3 points doivent ressortir de Copenhague :
« D'abord, les politiciens doivent s'accorder sur le niveau maximum de CO2 acceptable à la fin du siècle. Ensuite, ils doivent définir un partage équitable des coûts entre les différents pays. Enfin, il faut un système global de marché des émissions de carbone, qui permettre d'atteindre ces objectifs. »
L'économiste fait tout de même part de ses doutes : « Au vu de l'état des négociations, il est à craindre que les négociateurs s'enlisent sur des points de détail, au lieu de s'attaquer à ces points clés. »